Bernanos et la France contre les robots

Quelques passages et citations de « la France contre les robots » de l’écrivain français catholique Georges Bernanos.

Les horreurs que nous venons de voir, et celles pires que nous verrons bientôt, ne sont nullement le signe que le nombre des révoltés, des insoumis, des indomptables, augmente dans le monde, mais bien plutôt que croît sans cesse, avec une rapidité stupéfiante, le nombre des obéissants, des dociles, des hommes, qui, selon l’expression fameuse de l’avant-dernière guerre, ‘ »ne cherchaient pas à comprendre ».

L’intellectuel est si souvent un imbécile que nous devrions toujours le tenir pour tel, jusqu’à ce qu’il nous ait prouvé le contraire.

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure »

Une civilisation ne s’écroule pas comme un édifice, on dirait beaucoup plus exactement qu’elle se vide peu à peu de sa substance jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que l’écorce

L’expérience de la vie m’a depuis convaincu que le fanatisme n’est chez eux que la marque de leur impuissance à rien croire, à rien croire d’un cœur simple et sincère, d’un cœur viril. Au lieu de demander à Dieu la foi qui leur manque, ils préfèrent se venger sur les incrédules des angoisses dont l’humble acceptation leur vaudrait le salut, et lorsqu’ils rêvent de voir rallumer les bûchers, c’est avec l’espoir d’y venir réchauffer leur tiédeur – cette tiédeur que le Seigneur vomit. Non! l’opinion cléricale qui a justifié et glorifié la farce sanglante du Franquisme n’était nullement exaltée. Elle était lâche et servile. Engagés dans une aventure abominable, ces évêques, ces prêtres, ces millions d’imbéciles, n’auraient eu pour en sortir qu’à rendre hommage à la liberté ; mais la vérité leur faisait plus peur que le crime.

Cent cinquante ans après la Déclaration des droits, Hitler dominait l’Europe et des millions d’hommes – des millions d’hommes dans le monde, dans toutes les parties du monde – car les démocraties, vous le savez, les démocraties elle-mêmes, comptaient beaucoup d’amis des fascismes – des millions et des millions d’hommes acclamaient une doctrine qui non seulement reconnaît à la collectivité tout pouvoir sur les corps et les âmes, mais encore fait de cette sujétion totale de l’individu – pour ne pas dire son absorption – la fin la plus noble de l’espèce. Car il n’est pas vrai que des millions et des millions d’hommes se soient contentés d’abandonner volontairement leur liberté, ainsi qu’on se dépouille d’un privilège légitime. Ils ne reconnaissaient pas la légitimité de ce privilège, ils ne se reconnaissaient pas le droit à la liberté. Bien plus! Par un renversement inouï des valeurs, ils mettaient leur orgueil à la mépriser. Ils faisaient leur – ils jetaient comme un défi à la civilisation dont ils étaient pourtant issus – le mot atroce, le mot sanglant de Lénine : « La liberté? Pour quoi faire?… » Pour quoi faire? C’est-à-dire à quoi bon? À quoi sert d’être libre? Et, en effet, cela ne sert pas à grand-chose, ni la liberté ni l’honneur ne sauraient justifier les immenses sacrifices faits en leur nom, qu’importe! On convainc aisément les naïfs que nous sommes attachés à la liberté par l’espèce d’orgueil qu’exprime le non serviam de l’ange, et de pauvres prêtres vont répétant cette niaiserie qui plaît à leur sottise.Or, précisément, un fils de nos vieilles races laborieuses et fidèles sait que la dignité de l’homme est de servir. « Il n’y a de privilège, il n’y a que des services », telle était l’une des maximes fondamentales de notre ancien Droit. Mais un homme libre seul est capable de servir, le service est par nature même un acte volontaire, l’hommage qu’un homme libre fait de sa liberté à qui lui plaît, à ce qu’il juge au-dessus de lui, à ce qu’il aime. Car, si les prêtres dont je viens de parler n’étaient pas des imposteurs ou des imbéciles, ils sauraient que le non serviam n’est pas un refus de servir, mais d’aimer.

L’institution du service militaire obligatoire, idée totalitaire s’il en fut jamais, au point qu’on en pourrait déduire le système tout entier comme des axiomes d’Euclide la géométrie, a marqué un recul immense de la civilisation. Supposons, par exemple, que la monarchie ait osé jadis, par impossible, décréter la mobilisation générale des Français, elle aurait dû briser d’un seul coup toutes les libertés individuelles, porter ce coup terrible à la Patrie, car la Patrie, c’était précisément ces libertés. Je sais bien que formulé ainsi mon raisonnement semble paradoxal ; on jugerait aujourd’hui très difficile d’opposer la Patrie à l’État. Cette opposition eût paru pourtant naturelle à nos pères.

 Et il y en a pleins d’autres comme ça… Une lecture indispensable pour comprendre le monde moderne, attentat à la vie intérieure!

Published by

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *