CONCEPT A COMPRENDRE #2 : ECOLOGIE POLITIQUE

  1. DÉFINITION

L’écologie est la science qui étudie les êtres vivants, leurs relations et leur milieu. Ce terme vient du grec oikos (maison, habitat) et logos (science, connaissance). Le terme apparait en 1866 et sa paternité revient au biologiste allemand et théoricien du darwinisme social Ernst Haeckel. Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, ce dernier désignait par ce terme un champ spécifique de la biologie, « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence ». Ainsi, l’écologie permet de contextualiser l’étude du vivant.

L’écologie politique apparait de fait en 1926 chez le biologiste russe Vladimir Ivanovich Vernadsky. Mais cette science fut toujours éminemment politique car elle appelle à une réflexion sur un modèle économique et social, voire à sa transformation. C’est d’autant plus vrai avec l’avènement de l’économie de marché et de la globalisation.  L’écologie a pris une place considérable dans la sphère médiatico-politique des pays occidentaux ces dernières décennies, du fait d’une prise de conscience générale des effets néfastes sur l’environnement de l’activité humaine, telle que conçue par le système libéral et capitaliste.

Pour différencier l’écologie science de l’écologie politique, les chercheurs en écologie vont créer des termes pour les différencier : l’écologue est le scientifique alors que le militant politique est appelé écologiste. L’écologie politique est par ailleurs à distancier du courant politique scientifique anglo-saxon appelé “political ecology”, courant interdisciplinaire peu développé en France.

  1. ORIGINES

Actuellement, l’écologie politique semble accaparée par les nombreuses ONG et associations (telles que l’association Les amis de la Terre) ainsi que par le parti EELV et est ainsi devenue dans l’inconscient collectif un truc de gauchistes, de bobos… Parfois, cela dessert énormément la cause car l’écologie apparait comme une préoccupation éloignée de la réalité des “petits gens”, alors que rien n’est plus faux. Cette récupération est expliquée par l’intellectuel Laurent Ozon (écologiste de longue date, qui a notamment mis en place la version française de la revue the ecologist) par l’absence de culture politique des premiers écologistes et par leur récupération subséquente par les milieux marxistes et trotskistes qui étaient intéressés par certains aspects de l’écologie.

En effet, progressivement, de nombreux courants écologistes sont apparus. Néanmoins, on peut estimer que l’écologie est originellement un courant  politique conservateur et traditionaliste. Ainsi comme sources d’inspiration on retrouve des mouvements issus du romantisme politique, tels que certains courants de la révolution conservatrice allemande ou  des auteurs américains tels que le précurseur de la désobéissance civile Henry David Thoreau et son roman publié en 1854 Walden ou la vie dans les bois. Haeckel lui même était membre d’un mouvement nationaliste, l’association pangermaniste.

La France ne fait pas exception à cette tendance de l’écologie. Comme le remarque Stéphane François dans son livre “l’écologie politique, une vision du monde réactionnaire?”,

Longtemps en effet, l’écologisme français a été traversé de courants apolitiques mais au contenu ouvertement conservateur, le principal étant celui incarné par [Antoine] Waechter. Lorsque les Verts sont devenus une force de Gauche, les environnementalistes réunis autour de Waechter se sont éloignés pour se positionner officiellement de façon apolitique. Selon eux, l’écologie n’est ni à droite, ni à gauche”.

D’ailleurs, les valeurs défendues par ces militants politiques sont clairement plutôt conservatrices : défense du patrimoine et du terroir, mise en avant de valeurs chrétiennes telles que l’humilité et le sens du sacrifice, voire refus d’une vision anthropocentrique de l’Homme sur la Nature… Parmi les écrivains régulièrement cités en référence dans ces milieux écologistes conservateurs, on retrouve ainsi les écrivains catholiques Bernanos, Tolkien et Chateaubriand.

  1. MONDE MODERNE ET ECOLOGIE

Dès la fin du 19e siècle, sous l’ influence des écrivains Léon Tolstoï et Henry David Thoreau, les anarchistes commencent eux aussi à s’intéresser à l’écologie. Le géographe Élisée Reclus (1830-1905) incarne parfaitement la mouvance anarchiste exprimant des conceptions écologiques. En effet, l’écologie politique s’intègre dans la critique émise par les anarchistes contre le monde moderne et contre le Progrès. Je pense notamment au dessinateur Émile Gravelle, proche d’Édouard Drumont  et fondateur du courant libertaire naturianiste.

Toute cette connivence prend de l’ampleur avec les évènements de mai 68 et encore davantage avec le premier choc pétrolier de 1971. Ainsi, cette effervescence et cette évolution font qu’il y a de nombreux courants de pensée au sein de l’écologie politique, courants parfois profondément divergents. Voyons en quelques uns de plus près.

  1. QUELQUES MOUVANCES ECOLOGISTES
  • écologie profonde

Probablement, le courant écologiste le plus connu des néophytes, la deep écology est aussi l’un des plus controversés. L’inventeur du concept est le philosophe norvégien Arne Naëss. Théorisée en 1972 sous le terme d’écosophie, cette mouvance invite à un renversement de la perspective anthropocentriste. Elle est traversée de réflexions antichrétiennes. En effet, avec son « Croissez, multipliez-vous, emplissez la Terre et soumettez-la ! », l’Ancien Testament y est ainsi perçu comme portant les prémices, la base idéologique permettant la pensée libérale car plaçant l’Homme au dessus de la Nature, créant de facto un déséquilibre.

Par ailleurs, elle est à l’origine de nombreux et divers mouvements tels que la théorie Gaïa, l’antispécisme (qui refuse l’idée qu’il y ait une différence entre l’homme et les animaux) et la thèse du Mouvement pour l’extinction volontaire de l’espèce humaine. Bref, un courant radical qui comporte des éléments de réflexion intéressants mais qui a aussi engendré de nombreuses dérives.

  • écologie sociale

Ce courant est apparu aux États-Unis en réaction à certaines dérives mortifères de l’écologie profonde. Son principal concepteur est l’écologiste libertaire Murray Bookchin. Il s’oppose dès 1987 à la misanthropie de certains écologistes et surtout montre qu’il est nécessaire d’axer la question écologiste autour des rapports sociaux et économiques. Cette mouvance – très inspirée par l’anarchiste Kropotkine- se veut profondément anticapitaliste, communautaire, décentralisée et guidée par la raison, la morale et la solidarité.

  • écosocialisme

Cette doctrine politique associant les valeurs écologistes et socialistes est née dans les années 90 et part du constat que l’écologie est incompatible avec le capitalisme. Ainsi, la recherche du productivisme inhérente à ce système économique est incapable de prendre en compte la préservation de l’environnement et les réalités humaines. Par conséquent, cette logique productiviste doit être abandonnée. Cette doctrine amène à une relecture de Marx sous un prisme écologique, en rupture avec l’analyse marxiste traditionnelle, et plus proche d’une analyse marxienne.

Sur l’échiquier politique, on retrouve cette doctrine dans tout un ensemble de partis de Gauche, en rupture avec les Verts, parti politique restant acquis à l’économie de marché.

“l’écosocialisme n’est rien d’autre que la doctrine du mouvement socialiste refondée dans le paradigme de l’écologie politique” Jean-Luc Mélenchon

“L’écosocialisme est le mélange détonant entre un socialisme débarrassé de la logique productiviste et une écologie farouchement anticapitaliste. Loin d’un modèle abstrait, il propose une alternative concrète pour affronter la crise écologique qui menace l’humanité. En défendant l’intérêt général humain, il renouvelle la pensée républicaine en proposant aux peuples souverains de remettre le système productif et l’économie au service du progrès humain et des besoins réels.” Manifeste pour l’écosocialisme adopté par le Congrès du Parti de Gauche du 22 au 24 mars 2013

  • écologie intégrale

Cette notion est issue des mouvances royalistes, en parallèle au nationalisme intégral de Charles Maurras. Avec l’encyclique Laudato si’  du pape François, ce mouvement a repris du poil de la bête ces dernières années. L’écologie intégrale comprend bien entendu une dimension environnementale mais également une réflexion anthropologique. C’est pourquoi les sujets tels que la GPA peuvent y être intégrer facilement. Elle se veut intégrale à l’image de l’Église Catholique, qui se veut Universelle.

  • écologie patriote

Cette expression peut surprendre à qui s’y connait un peu en Histoire des idées politiques, car l’écologie est un domaine qui semble peu compatible avec une approche jacobine. Mais la société évolue, et avec la globalisation et le libéralisme toujours plus présent, la Nation peut se révéler être un terrain de protection pour qui veut protéger l’environnement, et repenser la société.

Bruno Mégret, issu des rangs de la Nouvelle Droite, a été un pionnier au sein du FN sur les questions écologistes. L’influence de Laurent Ozon a été également importante en ce domaine. Mais c’est en 2014 avec le collectif Nouvelle Écologie, rattaché au rassemblement bleu marine, que le FN décide de véritablement incorporer l’écologie dans son programme : mise en avant de la préférence nationale, du protectionnisme, des circuits courts… Néanmoins, on est très loin d’une vision radicale, antimoderne et antilibérale. Comme le dit le politologue Stéphane François, “on est plutôt dans le développement durable, sans volonté de rupture civilisationnelle”. Ce virement s’intègre donc parfaitement dans le nouveau FN, attaché à la question sociale mais dotée d’une volonté indéfectible de dédiabolisation.

Par rapport à la notion d’éco-patriotisme : En tant que patriote, il faut s’intéresser à l’écologie, et l’intégrer à notre réflexion ainsi qu’à notre mode de vie. Privilégier le made in France, faire vivre les traditions locales sans forcément tomber dans le folklore, privilégier le beau et le bien fait au rapide et au facile, c’est un minimum. Par ailleurs, de nombreuses solutions sont proposées, des mouvements sont développés, nous n’avons aucune excuse à notre ignorance et notre inaction.

  1. SOLUTIONS PROPOSEES

Par exemple, le concept de  décroissance, développé notamment par Serge Latouche, prône un ralentissement de l’activité économique, et notamment un athéisme de la croissance, ainsi que l’application du principe de précaution à toute manipulation du milieu naturel. Ce concept fort intéressant au demeurant est doublement polémique : il peut être vu comme réactionnaire car semble au premier abord prôner un retour en arrière (si on reste attaché à l’idéologie du Progrès) et peut être vu comme un énième mouvement déconstructeur. Il peut aussi être perçu comme anxiogène, et comme s’accommodant de l’aggravation des conditions sociales de la population. Même si je ne suis pas certaine qu’il soit la solution la plus fédératrice, le concept de décroissance reste l’une des réponses les plus abouties aux problèmes de la société moderne.

S’est développé également le concept de localisme, notamment par Laurent Ozon, concept qui semble déjà moins “révolutionnaire” et plus apte à fédérer : cela pourrait plaire autant aux zadistes, qu’aux survivalistes, aux climato-sceptiques, aux authentiques socialistes et anarchistes etc. Cela plairait surtout aux indépendants, aux agriculteurs etc. Il s’agit d’une alternative concrète au turbo-capitalisme, prônant un retour au local comme son nom l’indique, avec par exemple, l’utilisation de la fiscalité dans une recherche de compétitivité et d’attractivité de l’échelle locale (je pense par exemple à l’idée de Laurent Ozon d’une détaxation de la proximité c’est-à-dire l’application d’un taux de TVA plus bas pour les produits locaux, détaxation qui serait combinée à une traçabilité accrue des biens. Pour plus d’informations, je vous dirige vers l’entretien de Laurent Ozon accordé au cercle Henri Lagrange sur le localisme, disponible sur youtube). On peut aussi dans le même ordre d’idée s’intéresser aux concepts d’écorégionalisme et de biorégionalisme.

  1. CONCLUSION

En conclusion, il y a au final deux grands courants au sein de l’écologie politique un courant progressiste et un courant conservateur et comme le dit Stéphane François, ils

“divergent par leur vision du monde. Le premier croit encore au progressisme issu des Lumières, celui-ci trouvant une solution au travers du développement de la techno-science. Le second croit encore à une possible restauration d’un règne naturel, sous le patronage de mère Nature” . Ainsi, “à la suite de Luc Ferry et de Marcel Gauchet, nous pouvons dire que le débat sur l’écologie est susceptible d’être replacé, dans une certaine mesure, dans le cadre plus large des débats sur la Modernité et l’héritage des Lumières”.

Si je souscris à cette analyse, je ne peux que penser que la société de demain se pensera et se construira en réfléchissant de manière transcourante. C’est pourquoi, comme patriotes, donc attachés dans une certaine mesure à la construction jacobine de la société française, on a tout intérêt à s’intéresser à ces questions et aux réponses possibles.

sources :

  • http://www.toupie.org/Dictionnaire/Ecosocialisme.htm
  • http://rebellion-sre.fr/lecologie-sociale-lautre-ecologie-radicale/
  • http://rebellion-sre.fr/breve-histoire-de-lecologie-politique/
  • http://www.lesinrocks.com/2014/12/09/actualite/vision-du-monde-du-fn-reste-fondamentalement-productiviste-liberale-115400
  • https://tempspresents.com/2012/04/09/stephane-francois-ecologie-politique-entre-conservatisme-et-modernite/
  • http://ecologiechretienne.free.fr/falk.van.gaver_pour.une.ecologie.integrale.php

Pour aller plus loin :

LIVRES

  • L’écologie politique, une vision du monde réactionnaire ? de Stéphane François
  • les livres de Sylvain Tesson, de Pierre Rabhi, d’Henry David Thoreau
  • Les clameurs de la terre de Frédéric Rouvillois
  • La France contre les robots de Georges Bernanos
  • Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie de Jared Diamond
  • L’Empire écologique ou La Subversion de l’écologie par le mondialisme de Pascal Bernardin
  • Les précurseurs de la décroissance de Serge Latouche

REVUES

  • la revue Limite
  • la revue La Décroissance
  • la revue l’écologiste (version française de The ecologist)
  • n°67 de la revue Rébellion
  • n°15 de la revue Krisis
  • n°125 de la revue le Crapouillot

DOCUMENTAIRES, EMISSIONS ET CONFERENCES

  • solutions locales pour désordre global de Coline Serreau disponible sur youtube
  • l’écologie intégrale par Jean Philippe Chauvin disponible sur youtube
  • Écologie chrétienne et décroissance soutenable sur Radio courtoisie, émission du “Libre Journal des enjeux actuels”, animée par Arnaud Guyot-Jeannin disponible sur ekouter.net
  • Les dangers de l’écologie de l’émission Orages d’acier #23 disponible sur soundcloud et youtube
  • le localisme par Laurent Ozon disponible sur youtube

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