De l’importance de la lecture dans le militantisme

Podcast autour de la lecture dont l’objectif est de donner modestement quelques pistes à suivre pour se mettre ou se remettre à la lecture. Avec notamment l’omniprésence des écrans dans notre quotidien, il est désormais très difficile de réussir à se concentrer devant un bouquin et de le lire sans difficulté. Pour les explications scientifiques, il est possible de visionner la conférence de Michel Desmurget, chercheur à l’INSERM, disponible sur Youtube, ou encore mieux, de lire le livre dont elle est tirée (TV Lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision de Michel Desmurget, éditions Max Milo, 2011, Paris).

J’étais moi-même une grosse lectrice adolescente, puis avec les études supérieures et le travail, j’ai eu tendance à me laisser aller. D’ailleurs, pendant mes études de droit, il n’y avait pas de juste milieu : je lisais ou des livres de droit très spécialisés ou des romans de gare sans autre intérêt que de me divertir… Or si on veut comprendre le monde dans lequel on vit, et surtout si on veut militer politiquement, il faut lire. Il faut lire de tout : de l’histoire, de la philosophie, de l’économie… Il y a tant de domaines intellectuels à explorer. Il faut se forger une culture générale solide. Tout d’abord, il est important de faire le constat de sa propre ignorance. Même si on est bardé de diplômes, cela ne veut rien dire. Se montrer humble et accepter que l’on a tout à apprendre est la clé pour s’élever.  Faire abstraction des moqueries ou des critiques qui peuvent être engendrer par ce choix de vie. Car oui, il s’agit bien d’un choix de vie.

L’une des erreurs de la lecture dans le militantisme est de snober les romans et la littérature. Se cultiver comme patriote c’est aussi connaitre les classiques de la littérature française et européenne. Je vais d’ailleurs m’atteler à la lecture de l’Iliade dans les prochains jours. Les classiques nous apprennent plus sur notre culture et notre esprit en tant que peuple que ne le fera jamais n’importe quel essai de sociologie.

Il ne faut pas non plus négliger la littérature contemporaine ou la littérature de genre. Les polars, les thrillers, la science-fiction : il y a de vraies petites pépites qui permettent d’allier lecture détente et réflexion.

Il ne faut pas hésiter à lire ses adversaires politiques : Huntington, Brezinski, Attali, Sternell mais aussi Sartre, Beauvoir… Ces auteurs ont l’avantage d’y aller sans langue de bois et leurs livres se retrouvent facilement dans n’importe quelle bibliothèque municipale.

L’histoire et la religion sont des domaines à explorer. En effet, comprendre le monde qui est le nôtre, et surtout comprendre la politique aujourd’hui n’est possible qu’en connaissant l’Histoire, qu’en pouvant replacer certains évènements et certaines réflexions dans leur contexte historique. Il ne s’agit en aucun cas de devenir historien amateur mais d’avoir le minimum en tête. De même, notre société est marquée par un retour indéniable du religieux dans la sphère publique, car contrairement à ce que pensent nos dirigeants actuels, les gens ne peuvent se contenter d’être de simples salariés obéissants et des consommateurs passifs. La religion est une nourriture spirituelle et nous vivons une époque où nous en avons bien besoin! Par conséquent, il ne faut pas négliger cet aspect, que l’on soit croyant ou non.

Globalement, parce que l’on n’est pas plus bêtes que les autres, il faut avoir le courage d’assouvir sa curiosité et s’ouvrir à d’autres horizons intellectuels. Il importe surtout de comprendre certains fondamentaux.  Ainsi par exemples, connaitre ce qu’est l’ingénierie sociale ou comprendre ce qu’est l’idéologie « libérale-libertaire » est essentiel pour décrypter l’actualité. Le travail de Lucien Cerise est exemplaire pour le premier exemple, l’œuvre de Michel Clouscard l’est tout autant pour le second.

Se forger une culture générale, c’est aussi découvrir les auteurs que l’on a du mal à  cataloguer politiquement, des penseurs que l’on appelle non conformes, rebelles, révoltés… Et le panel est large!  Grâce à leurs réflexions, notre esprit critique s’affine.  Je pense par exemples à George Orwell, Simone Weil, Pier Paolo Pasolini, Georges Sorel… On peut par ailleurs commencer par les très accessibles Jean-Claude Michéa et Christopher Lasch. Tous ces auteurs dégagent un certain bon sens et me font de suite penser à la notion si chère à George Orwell de common decency, notion qui est pour moi une boussole pour me diriger dans mes lectures. Tous ces auteurs que j’ai l’impression de ne connaitre que superficiellement, et que je souhaite moi-même découvrir plus profondément, je vous les recommande très fortement.

Profitons donc des fêtes de fin d’année et des résolutions de la nouvelle année pour nous remettre à lire. Offrons des livres à nos proches pour Noël, partageons nos coups de cœurs livresques. La déesse des petites victoires de Yannick Grannec et Le Maitre des illusions de Donna Tartt sont deux romans contemporains accessibles au plus grand nombre mais remplis de réflexions intéressantes. Pour les plus jeunes, Le monde de Sophie de Jostein Gaarder est une très bonne porte d’entrée à la philosophie, et Le regard des Princes à minuit d’Erik L’homme est le cadeau parfait à offrir à un adolescent pour lui inculquer de belles valeurs. Il vaut mieux ne pas faire preuve de snobisme et partager le goût de la lecture. C’est l’un des actes de militantisme les plus difficiles mais les plus importants que l’on puisse faire.

Published by

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *