Henri Lagrange, Camelot du Roi

L’arrestation dernière de plusieurs militants “d’extrême droite” et surtout la cabale journalistique qui l’a suivi donne l’occasion de revenir sur le parcours d’un jeune homme représentatif de ce que peut donner l’alliance de la (trop grande) fougue de la jeunesse et des idées monarchistes et nationalistes.

Né en 1893, Henri Lagrange est publié dès 1910 dans la Revue critique des idées et des livres. Il se montre très prolifique et se fait rapidement remarquer pour ses talents d’écrivain par des grands de son époque : Barrès, Maurras, mais également par la suite Bernanos etc. Cependant,  il se fait aussi connaître pour son caractère bouillonnant|1].

C’est ainsi qu’en juin 1911, il gifle le modéré Armand Fallières, Président de la République de l’époque et membre du parti de Centre Gauche [2]. Malgré une énorme vague de soutien en provenance des milieux artistiques et littéraires, il fera 6 mois de prison ferme pour ce geste. Deux ans plus tard, il est exclu de l’Action Française pour “activisme”, les responsables du mouvement lui reprochant de chercher à organiser le coup de force.

Avec son ami Georges Valois, il participe à la création du Cercle Proudhon, cercle intellectuel réunissant des militants de l’Action Française et des syndicalistes révolutionnaires. Ce cercle cherche à proposer une troisième voie pour sortir la France de la ploutocratie en réfléchissant à leurs points communs : la détestation du monde bourgeois, un certain conservatisme au niveau des mœurs, la question sociale, l’esprit proudhonien…  Ce cercle de réflexion produit 6 cahiers de 1911 à 1914. Nationaliste passionné par les questions sociales, Henri Lagrange en est incontestablement l’un des rédacteurs principaux avec le syndicaliste révolutionnaire Edouard Berth (qui écrit sous le pseudo de Jean Darville) et le royaliste Georges Valois. S’il est intellectuellement très intéressant, produisant des écrits toujours d’actualité et organisant de nombreuses conférences, ce cercle prend fin avec l’avènement de la Première Guerre Mondiale. Syndicalistes et nationalistes sont en désaccord sur la question de cette guerre. Les premiers s’y opposent, les seconds veulent la revanche contre l’Allemagne, l’ennemi de toujours de la France.

En effet, estimant que les intellectuels doivent donnés l’exemple, Henri s’engage volontairement sur le front dès août 1914. Le 30 octobre 1915, il décède de ses blessures, après l’attaque d’Auberive du 6 octobre. Il laisse derrière lui de grands espoirs perdus, de la part de ses aînés, et plusieurs écrits non achevés (en particulier un essai politique, La Ploutocratie internationale, et un roman Vingt ans en 1914).

La comparaison avec les militants arrêtés paraîtra peut-être déplacée, à plus d’un titre. Cependant, et malgré l’admiration pour le talent d’écrivain et pour l’engagement politique d’Henri Lagrange que l’on peut ressentir, on ne peut nier qu’il peut sur certains aspects  représenter malgré lui l’importance en politique de n’agir que quand on en a les moyens et plus généralement de réfléchir avant d’agir. Sa mort est à l’image de celle de la jeunesse française de l’époque : brutale et inutile. Sa fougue et son envie d’en découdre ne sont pas des preuves de courage mais de naïveté liée autant à son jeune âge qu’à son caractère téméraire.

Sa mort rappelle aussi que le mouvement de l’Action française, actuellement le plus vieux courant politique toujours en action, a mis très longtemps à se remettre de ses (nombreux) morts à la fin du premier conflit mondial. Cette situation étant combinée à une récupération du mouvement ouvrier par les marxistes, la ploutocratie régna de plus belle. Reste de ce brillant jeune homme, des écrits et des réflexions intéressantes. C’est le cas en particulier de ces différents écrits dans les cahiers du Cercle Proudhon.

[1] Il était en effet régulièrement impliqué dans des bagarres de rue, avec ses camarades Camelots du Roi.

[2] Ce fameux Fallières qui eut le culot d’inaugurer le monument Proudhon à Besançon (ville natale de ce dernier). Quand on sait que ce Fallières représentait tout à fait ce que combattait Proudhon et ses disciples, ça fait mal…

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