Lecture : Discours de la servitude volontaire

 Publié en 1576, Le Discours de la servitude volontaire est l’œuvre d’un jeune auteur de dix-huit ans. Ce texte (ô combien actuel!) analyse les rapports maître-esclave qui régissent le monde et reposent sur la peur, la complaisance, la flagornerie et l’humiliation de soi-même. Leçon politique mais aussi leçon éthique et morale, Etienne de La Boétie nous invite à la révolte contre toute oppression, toute exploitation, toute corruption, bref contre l’armature même du pouvoir.

En 1548, sous le règne d’Henri II, une révolte populaire contre la gabelle éclate à Bordeaux et fait l’objet d’une répression sanglante par les autorités. Selon Montaigne, l’ami d’Étienne de la Boétie, c’est à cette date que l’auteur commence à rédiger son Discours, indigné par les dérives de l’absolutisme.

Ce court texte surprend à plus d’un titre : les idées qui sont développées sont révolutionnaires pour l’époque.  Bien qu’Étienne de la Boétie se montre sage en prenant des exemples issus de l’Antiquité, il s’agit bien d’une critique politique et philosophique de la société qui est la sienne. Il analyse avec lucidité les rapports maitre/esclaves, oppresseur/opprimés, dominant/ dominés qui régissent son temps et qui se révèlent toujours d’actualité. La personnalité de l’auteur est tout aussi intéressante : archétype du jeune bourgeois, il étonne par sa maturité, son honnêteté et son pragmatisme. Partisan d’un catholicisme d’État, il termine son Discours par un rappel théologique : rien n’est plus contraire à Dieu que la tyrannie.

Qu’est ce que la tyrannie? Etienne nous la définit comme étant le régime politique -quelque soit sa forme (monarchique, républicaine…) où le pouvoir est concentré dans les mains d’un seul.

Il estime qu’il existe 3 catégories de tyrans : ceux qui règnent par l’élection du peuple, ceux qui règnent par la force des armes, et ceux qui règnent par succession de race. Il conclut (page 18) qu’aucun choix n’est envisageable car s’ils arrivent au pouvoir différemment, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature. Il explique également  les différentes raisons pour lesquelles le peuple accepte de se soumettre au tyran. Lâcheté, habitude, cupidité… Comme il est aisé de renier sa liberté! Pourtant la solution est simple pour devenir libre: il suffit de ne plus vouloir servir le tyran. Pas besoin de révolte, de manif ou d’attentat : il suffit de faire en sorte de ne plus le soutenir…

A la mort d’Étienne de la Boétie, Montaigne qui est chargé de publier certaines de ses œuvres, n’y inclue pas le Discours, car il craint – à juste titre- une manipulation politique. En effet, il est publié de façon mutilée et sans nom d’auteur dans une série de pamphlets d’agitateurs d’inspiration protestante entre 1574 et 1577. Il circulera sous le manteau pendant des siècles et ne sera publié dans son intégralité qu’au milieu du XIXe siècle.

En conclusion : Précurseur de la notion de désobéissance civile, ce petit discours écrit par un jeune bourgeois de 18 ans étonne par la « modernité » de son message. Si le style peut sembler désuet, les idées qui y sont développées ne le sont en aucun cas. Un classique de la philosophie à lire pour tout individu aspirant à davantage de conscience de soi.

La citation importante : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » (page 15)

Quelques mots sur l’auteur : Étienne de la Boétie nait en 1530 à Sarlat, dans le Périgord au sein d’une famille de magistrats. Il est confié à son oncle à la mort de son père. Ce prêtre va prendre soin de son éducation, à tel point qu’Étienne dira qu’il lui « doit son institution et tout ce qu’il est et pouvait être ». Il obtient sa licence de droit à 23 ans, et est nommé conseiller au Parlement de Bordeaux. En 1557, il rencontre Montaigne avec qui il lie une « amitié virile ». 3 ans plus tard, il devient représentant du Parlement de Bordeaux auprès du roi lors des négociations entre protestants et catholiques, en plein conflit religieux, et se fait remarquer par son approche libérale de la question. Il meurt à l’âge de 32 ans de dysenterie.


fiche d’identité :

écrit par : Étienne de la Boétie

édité par : Librio

genre : philosophie

forme : Discours

Pages : 72

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