Portrait : Blanche de Castille

La reine Blanche de Castille est surtout connue pour être la mère du grand roi Louis IX, le Roi Saint. Mais elle est bien plus que cela et elle mérite amplement son portrait détaillé en tant que modèle à suivre.

Jouant à merveille son rôle d’épouse et de mère, elle s’illustra comme régente hors pair, repoussant les ennemis du royaume de l’intérieur comme de l’extérieur. Certains dirent d’elle qu’elle réfléchissait comme un homme, pourtant elle apparait très féminine sur bien des aspects. Son rapport à la religion l’influença beaucoup et elle joua en son temps un rôle primordial dans les relations internationales comme peu de femmes en ont joué au cours de l’Histoire de France. Elle sut jouer de sa féminité, montrant que l’on peut faire de la politique en étant pleinement femme.

Cependant, elle fut également un personnage au caractère bien trempé présentant de nombreuses failles : son amour un brin trop prononcé pour l’un de ses fils (Louis), les morts de plusieurs de ses enfants, son goût bien peu modéré pour les belles choses, sa jalousie envers sa belle-fille et cetera. Ses qualités comme ses défauts firent d’elle une femme intéressante et attachante.

UN PARCOURS TOUT TRACE

Née en 1188 en Castille, petite fille de la célèbre Aliénor d’Aquitaine, elle grandit protégée par les siens dans un univers familial chaleureux. Néanmoins, dès son plus jeune âge, elle évolua dans un climat politique hostile du fait des conflits entre la Castille et les royaumes voisins. Elle bénéficia d’une éducation exemplaire, propre à son rang. En 1200, sa grand-mère débarqua au château familial dans sa quête d’une future femme pour le fils de Philippe Auguste. Blanche fut choisie au détriment de sa sœur ainée. Par ce mariage, Aliénor D’Aquitaine permit à ses descendants de régner sur trois royaumes : ceux d’Angleterre, de France et de Castille. Ce mariage fut considéré comme le dernier coup politique de grande ampleur d’Aliénor.

Alors qu’elle n’eut que 12 ans, Blanche fut donc mariée au futur Louis VIII. Le mariage fut célébré en grandes pompes mais du fait du jeune âge des mariés, il ne fut bien entendu momentanément pas consommé. Il fallut attendre l’âge des 17 ans de Blanche pour que le mariage devienne effectif. Il fut célébré dans le fief de Normandie, alors que le royaume de France était toujours sous le coup de l’interdit du pape Innocent III, le roi Philippe Auguste s’étant rendu coupable de bigamie.

Ce mariage arrangé fut néanmoins très heureux et Blanche se révèla née pour l’enfantement et douée pour l’éducation des enfants. En effet, le couple royal eut en tout douze enfants. Blanche s’en occupa au quotidien, les allaitant elle-même (ce qui était rare à l’époque pour une dame de son rang). Seulement cinq de ses enfants, quatre garçons et une fille, atteignirent l’âge adulte. Cela nous parait effroyable, et on peine à imaginer comment une mère put survivre à autant de deuils. Pourtant la situation de Blanche et de son époux fut loin d’être un cas isolé car malheureusement la mortalité infantile était, à cette période historique, très élevée.

Son mari monta sur le trône en 1223 et mourût trois ans plus tard de dysenterie sur le champ de bataille, dans le sud-ouest du royaume de France, en combattant les cathares. Blanche se retrouva donc veuve à l’âge de 38 ans. Son fils Louis, né en 1214, année de la célèbre bataille de Bouvines, héritier du trône, n’avait alors que 12 ans. Il ne put donc gouverner. C’est pourquoi Blanche fut nommée régente.

C’est en 1235 que sa régence se termina, alors que son fils Louis atteignit la majorité, c’est-à-dire l’âge de 21 ans. Néanmoins, quelques années plus tard, en 1248, voulant partir en croisade, Louis IX confia de nouveau la régence du royaume à sa mère, régence qu’elle exerça jusqu’à sa mort.

EPOUSE DEVOUEE ET MERE POULE

Blanche de Castille fut d’abord et avant tout une épouse dévouée à son époux. Fidèle l’un à l’autre, ils se soutinrent dans tous les aspects de la vie.

Eclipsé à la fois par la renommée de son père (Philippe Auguste) et de son fils (Saint Louis), Louis VIII, surnommé en son temps Le Lion, valut vraiment le détour. Il fut un soldat hors pair et un authentique catholique. Il permit tout d’abord au royaume de France de reprendre une bonne partie de l’Aquitaine aux anglais. On raconte que sur le champ de bataille, il refusa sans aucune exception les avances des femmes qui souhaitèrent se donner à lui, afin de rester fidèle à sa Blanche. Ça c’est un homme ! Ça c’est un catholique !

Leur  mariage fut heureux et fécond. Les quelques années qui séparèrent les multiples grossesses de Blanche  s’expliquèrent probablement par l’allaitement prolongé prodigué par Blanche en personne à ses enfants. Rappelons que l’allaitement était alors fortement conseillé par l’Église (comme aujourd’hui d’ailleurs).  Mais après 24 ans de mariage, Louis XIII mourut sur le champ de bataille laissant Blanche, veuve à 38 ans, enceinte.

Il importe de rappeler que ce fut grâce à l’insistance de Blanche (à son chantage ?) qu’en 1217, le roi Philippe Auguste alla à la rescousse de son fils Louis VIII, alors retenu en otage en territoire anglais. En effet, après lui avoir offert leur trône, les anglais se ravisèrent finalement pour le donner au fils de Jean Sans Terre et refusèrent de le laisser regagner le Royaume de France ! Par ailleurs, Blanche n’hésita pas une seconde à se rendre elle-même à Calais pour le récupérer. Là où le courage manque, la ténacité surprend.

Cependant, Blanche est à l’heure actuelle surtout connue pour sa relation particulière qu’elle entretint avec son fils Louis. Elle l’aima, le protégea et l’éduqua. Elle dit même de lui qu’elle préférait le voir mort plutôt que le voir commettre un péché mortel ! On peut trouver cela exagérer mais c’est probablement grâce à l’éducation que Blanche lui inculqua que Louis IX est encore aujourd’hui le seul roi de France à avoir été canonisé.

AUTHENTIQUE CATHOLIQUE ET ANIMAL POLITIQUE

Fervente catholique, Blanche développa rapidement une appétence pour la politique et se révéla douée. Philippe Auguste, son beau-père, fit d’ailleurs appel à ses conseils avisés pendant son règne !

Sa régence fut mouvementée, car les grands vassaux,  avec le soutien de Thibaut de Champagne, amoureux éconduit, profitèrent de l’instabilité de la situation pour comploter et tenter d’affaiblir le pouvoir de la couronne. Ainsi, ils contestèrent l’autorité de Blanche. Mais la victoire de l’armée royale en 1229 mit fin à cette insurrection féodale.

Tout en préservant sa chasteté et son honneur, Blanche n’hésita pas à user de ses charmes pour calmer l’ardeur de certains arrivistes, afin de préserver la paix civile. Ses ennemis n’hésitèrent d’ailleurs pas à remettre en cause à de multiples occasions sa chasteté. Mais Blanche resta de marbre.

Elle choisit la future femme de son fils Louis, futur souverain, et le fit après mûres réflexions. Son choix ne fut pas anodin et entra dans une optique de politique centralisatrice. En choisissant Marguerite de Provence, elle espèra agrandir le Royaume de France en lui incorporant le Comté de Provence, resté indépendant.

D’ailleurs, ce qui importe peut-être le plus de rappeler de cette grande figure de l’Histoire de France en tant que personnage politique, c’est justement son rapport avec sa belle fille, la femme de Louis IX, Marguerite de Provence. De personne à personne, elle la jalousa et se comporta très mal avec elle, s’interposant en permanence dans le couple que formait Marguerite et Louis. Mais c’est parce qu’elle cherchait surtout à ce que son fils fasse toujours passer en priorité ses devoirs de souverain avant ses sentiments. De plus, lorsque sa belle-fille se trouva en réelle mauvaise posture, n’arrivant pas à tomber enceinte et donc à donner une descendance au roi, et alors que les commérages allèrent bon train et que l’idée de répudiation commença à circuler au sein de la Cour, Blanche n’hésita pas une seconde à mettre ses opinions personnelles de côté et à prendre les choses en mains. Elle l’aida, la conseilla et l’accompagna pour un pèlerinage, destiné à la rendre féconde. Et à son retour à la Cour, après six ans d’attente, Marguerite tomba effectivement enceinte. Blanche savait mettre de côté sa personne pour le bien commun, et c’est bien ce que l’on demande en priorité à un chef, à un dirigeant.

Ainsi, pour terminer ce portrait de cette femme si passionnante, voici dix bonnes raisons qui font de Blanche de Castille une femme à prendre en exemple :

  • sa foi catholique inébranlable
  • sa patience et son dévouement pour ses enfants
  • sa qualité d’animal politique qui prit ses multiples rôles de reine, de conseiller du roi et de régente très au sérieux
  • son soutien indéfectible à son mari, qui fit d’elle son principal conseiller politique
  • l’éducation de son fils Louis qui devint Saint et qui la fit régente du royaume
  • son rôle majeur dans la protection du royaume de France, notamment face aux anglois et aux arrivistes de tout poil
  • son patriotisme, malgré son incompréhension profonde de l’esprit français
  • sa capacité à prendre sur elle pour mieux assurer le bien commun
  • son self control en public
  • son allure élégante et simple

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