Revue de la presse non conforme #1

Premier podcast de 2017 et il sera consacré à un panorama de la presse non conforme parue fin 2016. Ce que j’entends par presse non conforme, c’est toute la presse indépendante, proposant des articles de fond et un point de vue alternatif ou original par rapport à ce qui nous est présenté dans les medias mainstream. J’ai observé en 2016 une multiplication de ce genre de revues, des revues de qualité sur le fond mais aussi souvent sur la forme, et j’ai voulu les mettre en valeur par un podcast régulier sur le blog.

  1. Présentation

Pour ce premier numéro, j’ai choisi trois numéros qui sont toujours bien entendu en vente sur le site respectif de ces revues il s’agit du numéro 76 de la revue rébellion (revue d’orientation socialiste révolutionnaire européenne fondée en 2002), numéro qui fait la part belle à l’Autre avec un grand A, puisque y sont abordées prioritairement la question du mouvement panafricaniste et les relations entre extrême gauche et Islam. Je vous présenterai aussi le numéro 162 de la revue Éléments (le magazine des idées pour la civilisation européenne qui parait depuis 1973). Comme toujours avec cette revue, beaucoup de réflexions sont menées et de sujets abordés mais le dossier principal concerne la laideur du monde moderne. Et enfin pour compléter ma revue de presse le numéro 3 de la revue de philosophie et de littérature Philitt qui propose un dossier sur les illuminations du voyage.

  1. Du cinéma

Dans les trois revues, la question cinématographique est abordée. Tout d’abord, un retour sur un cinéma africain dit subversif dans Rébellion. Un bilan mitigé est posé par le réalisateur et auteur de l’article Dany Colin. Il loue le travail mené par quelques cinéastes africains tels que le sénégalais Ousmane Semberé. Mais c’était sans compter sur la capacité sans aucune mesure du Marché à tout récupérer et tout détruire.

« L’idéologie libérale libertaire, à savoir cette capacité redoutable du Grand Capital d’ingérer tout mouvement subversif et de le soustraire à sa logique de marché, a gagné très rapidement cette production cinématographique africaine qui, au lieu de présenter les traditions africaines millénaires comme des offensives anticapitalistes, a créée une série de folklores consommables de manière à neutraliser toute propension à la révolte« .

La revue Philitt propose un entretien avec le spécialiste de cinéma Pacôme Thiellement qui propose un portrait dithyrambique d’une figure majeure du romantisme français, le poète et écrivain Gérard de Nerval. Selon lui, sans Nerval, il n’y aurait aujourd’hui « aucune patrie spirituelle pour l’homme qui nait en France, à part un partage fumeux entre progressistes et réactionnaires ». Pour Pacôme Thiellement, le suicide de Nerval est un sacrifice. « Il est mort pour nous. Il s’est interposé entre la plongée dans les ténèbres de l’Occident et la porte de l’âme – pour empêcher cette porte de se refermer. Il s’est sacrifié pour que le monde de l’âme nous reste ouvert« . Rien que ça.

Un autre entretien dans la revue éléments : celui de la cinéaste Cheyenne Marie Carron, une cinéaste autodidacte qui produit et réalise ses films seule, une cinéaste qui se définit comme « pagano-chrétienne ». On pardonne aisément cet oxymore à Cheyenne Marie Carron qui a le mérite de traiter de sujets difficiles, peu abordés au cinéma, de le faire subtilement et en gardant le goût de l’esthétisme. En tout cas, après ce portrait et ce long entretien menés par Ludovic Maubreuil, je n’ai bien qu’une seule envie : visionner les films de cette réalisatrice, hors norme en tout point.

  1. Miscellanées sur Éléments

Toujours dans le n°162 de la revue Eléments, un autre entretien ne m’a pas laissé indifférente : celui d’Alain Valtério, auteur du best-seller la névrose psy. Ce psychologue y dénonce les conséquences désastreuses de la psychologisation à outrance et de la féminisation, notamment par ce qu’il appelle la psyrose, la « nouvelle culture produite par le discours des thérapeutes », qui par sa complaisance, génère de nombreuses conséquences pathologiques et du mal-être. Il parle notamment de la difficulté d’un homme à remplir sa fonction de père, qui n’est pas selon lui de s’occuper de son enfant mais « avant tout de l’arracher des bras de sa mère pour que d’autres s’en occupent. Cela suppose de redonner du crédit à ces derniers, enseignants, éducateurs, moniteurs« . En lisant ces propos sidérants, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec les propos polémiques de Laurence Rossignol dans l’émission Ce soir ou jamais du 5 avril 2013 : « Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents« . C’est juste mais l’obligation de l’éducation leur revient. Par conséquent, le rôle du père n’est pas celui formulé par Alain Valtério mais bel et bien celui d’arracher l’enfant des bras de sa mère pour le pousser à devenir indépendant, pour le pousser à prendre son envol, et de retenter encore et encore, jusqu’à ce que l’enfant soit enfin en mesure de voler de ses propres ailes, et non pas de le pousser dans les bras d’étrangers!

Alain de Benoist revient en page centrale sur un de ces sujets de prédilection : la question du clivage gauche-droite, dans un article intitulé « Les conservateurs de gauche sont ils des poissons volants ? », titre évoquant une réplique culte de Jean Gabin dans le film le Président, film que je vous pousse à visionner si ce n’est pas déjà fait.

Comme le dit de Benoist, je cite « Si certains penseurs de gauche et d’extrême gauche affichent aujourd’hui, notamment dans le domaine des mœurs et de la culture, des positions conservatrices », c’est « parce qu’ils ont pris leur engagement au sérieux et poussé plus loin leur réflexion, au moyen notamment d’une analyse en profondeur du capitalisme. Le conservateur de gauche, autrement dit, n’est pas le résultat d’une inflexion réactionnaire, mais la conséquence logique d’une analyse critique rigoureuse de la nature et du fonctionnement du Capital ».

Par conséquent, c’est bien parce que de Gauche que ces intellectuels prennent une position conservatrice. Par là, De Benoist montre non pas l’obsolescence du clivage Gauche/Droite depuis l’avènement – pour ne pas dire l’omniprésence de l’idéologie libérale libertaire, mais sa complexification.

De surcroit, je rajouterais que pour contrer l’idéologie libérale libertaire c’est-à-dire l’association de la Droite libérale et de la Gauche sociétale, nos conservateurs de gauche ont tout intérêt à s’associer à ce que l’on pourrait qualifier d’anarchistes de Droite. J’en prends pour preuve ce blog sur lequel je suis tombée récemment « anardedroite.wordpress.com » qui brosse le portrait de personnalités dont les idées sont en opposition avec l’idéologie libérale libertaire : Georges Bernanos, Louis-Ferdinand Céline, Philippe Muray, Michel Houellebecq, Léon Bloy, Léon Daudet, mais aussi Jean Gabin… Le plus important selon moi ce n’est pas de faire la nique au clivage gauche/droite mais surtout d’étudier les auteurs et les intellectuels  qui en font abstraction, avec en premier chef la réflexion menée actuellement par Jean Claude Michéa (dont le dernier livre intitulé notre ennemi le capital vient de paraitre aux éditions Climats) mais également de lire les œuvres des visionnaires George Orwell et  Simone Weil et de tant d’autres.

D’ailleurs, le numéro d’Éléments propose des conseils de lecture à profusion justement : des livres sur la piraterie, un panorama des parutions dernières sur Drieu la Rochelle dit le maudit, une anthologie de la décroissance de Serge Latouche (qui fait également l’objet d’une rubrique dans le numéro de Philitt), une satire sociale très balsacienne signée Solange Bied-Charreton portant sur « une bourgeoisie française schizophrénique », le portrait d’un oublié de la littérature Jean Louis Curtis remis au goût du jour par Michel Houellebecq dans son roman la carte et le territoire en 2010, et enfin un entretien avec le chroniqueur Xavier Eman à l’occasion de la parution de son recueil de chroniques « une fin du monde sans importance ». Il revient sur ses influences, les débuts et l’objectif de sa chronique.

Enfin, une réflexion sur l’art européen, science du beau m’a beaucoup parlé. Car je crois bien que ce qui caractérise le plus la particularité de la civilisation européenne par rapport aux autres, c’est bien cet aspect : son rapport au beau, sa recherche de l’esthétisme comme but à part entière. Sans chauvinisme exagéré, je crois bien qu’il n’y a cette recherche dans aucune autre civilisation, en tout cas pas à ce niveau d’excellence : l’architecture, la littérature, la musique classique, le ballet etc. De nombreux domaines attestent de cette particularité européenne, que le monde moderne s’efforce d’abimer, d’enlaidir.

Comme l’explique Pierre Le Vigan, il faut « endiguer la laideur. Cela ne peut se faire sans une écologisation du monde, qui ne consiste pas seulement dans la production de bâtiments à énergie positive, mais passe par la restauration des droits de la beauté sur nous (respecter les paysages déjà là), et d’un devoir de beauté et d’éducation à la beauté ».

  1. Miscellanées sur Rébellion

Une analyse écrite entre avril et juin 2016 de Franck Canorel relative aux relations entre l’extrême gauche et l’Islam est publiée dans le numéro 76 de la revue rébellion. Après une brève genèse de l’Islam et après avoir posé les différences entre Islam, islamisme et Djihad, il explique que c’est à la fin de l’URSS et l’échec du projet communiste, « seule alternative au capitalisme mondialisé » que cette alliance nait. Les militants d’extrême gauche dotés d’un certain bagage idéologique se font la malle alors que la majorité se trouve un nouveau combat : l’Islam, religion des opprimés. Il faut rester pragmatique : cette alliance tout à fait bancale intellectuellement reste d’abord et avant tout une stratégique électorale pour l’extrême gauche, qui a été désertée depuis longtemps par le peuple. De plus, d’un point de vue économique, l’Islam peut tout à fait s’accommoder du capitalisme le plus sauvage. Certaines contrées arabiques sont là pour nous le prouver : Qatar et Arabie Saoudite en tête.

Parallèlement, une réflexion plus positive est menée dans un article portant sur les relations entre le continent africain et le continent européen. Il est noté l’importance de la convergence des luttes pour que les deux continents puissent prospérer, dans le respect de leurs traditions et de leur souveraineté respectives. En effet, il n’y a pas mieux pour lutter contre l’immigration invasion actuellement en cours en Europe que de permettre l’émergence d’un terreau sain dans les pays dont sont originaires ces migrants. Et parallèlement, le ressentiment des africains n’a pas à se porter contre les classes populaires européennes qui n’ont jamais participées ou bénéficiées de la colonisation.

« Européens et africains doivent se débarrasser du fardeau que la bonne pensée mondialiste leur impose. Il faut sortir de la culpabilisation et de la victimisation. Les bourreaux d’aujourd’hui sont l’oligarchie mondialiste. Le ressentiment post-colonial des africains ou des européens vis-à-vis de l’immigration de masse, ne doit pas empêcher de voir la convergence des intérêts ».

D’où la nécessité de s’intéresser à des réflexions ambitieuses telles que celles de Laurent Ozon sur la remigration. Un projet de grande envergure mais un projet viable sur le long terme. Ainsi, on ne doit pas céder aux sirènes du choc des civilisations que le Système souhaite nous vendre car le peuple est toujours perdant au cours d’une guerre civile. Pas de choc des civilisations certes, mais pas d’immobilisme, de fatalisme et d’embourgeoisement non plus!

L’auteur anonyme revient d’ailleurs sur un problème qu’il appelle « la maladie des luttes de substitution », problème que j’avais abordé brièvement dans mon podcast Concept à Comprendre sur le nationalisme, en parlant de la question ukrainienne. Il ne s’agit pas de faire la révolution ailleurs, ou de rêver bêtement à lutter dans son canapé pour des contrées lointaines, Palestine en tête. Ainsi, « si nous voulons soutenir la cause des peuples, nous devons nous combattre en Europe pour être les maîtres de nos destins et pouvoir soutenir les autres peuples« .

En lisant cet article très intéressant, et mis en parallèle avec l’article sur les relations entre extrême gauche et Islam, je n’ai pu m’empêcher de penser au livre de Philippe Baillet, intitulé l’autre tiers-mondisme, des origines à l’islamisme radical. Un pavé publié par les éditions Akribeia que j’ai commencé à lire et qui mériterait un retour.

Le dossier Afrique/Europe est complété par un article sur le mouvement panafricaniste rédigé par la ligue panafricaine UMOJA et par un entretien avec Patrick Mbeko, spécialiste de géopolitique, qui revient sur le génocide rwandais, conflit dont les aboutissements réels sont progressivement révélés par les changements géopolitiques dans la zone du conflit. L’influence française a disparu dans la région au profit des américains. Et selon Patrick Mbeko, le génocide rwandais prend clairement place dans cette lutte géopolitique et diplomatique entre puissances étrangères. A côté de ses considérations, il revient sur le retour au pays de la diaspora africaine, qu’il voit d’un bon œil. Mais comme il le dit, il faut « le retour d’une diaspora consciente et déterminée », prête à respecter les particularismes de l’Afrique. Nous autres européens avons tout intérêt à l’amélioration de la vie en Afrique, car c’est le meilleur moyen de stopper l’appel d’air en provenance de l’Europe créée par l’immigration de masse. On en revient à l’idée de convergence des luttes évoquée précédemment. La boucle est bouclée.

  1. Miscellanées sur Philitt

La question de l’enracinement hante tout le numéro de la revue Philitt. Le journaliste Falk von Gaver s’interroge sur l’utilité de s’enraciner dans un ailleurs. Pourquoi quitter la France? Est ce du masochisme? Est ce le triomphe de l’idéologie mondialiste? Le journaliste répond avec une franchise déconcertante :

« Parce que certaines des libertés vitales les plus fondamentales y sont de plus en plus empêchées : je ne parle pas du droit de vote ou de la liberté d’expression et autres sucreries, mais du droit à la distance, du droit au silence, du droit à la sauvagerie et de tout ce qui va avec : droit à l’autonomie concrète, droit à la non-scolarisation, à la non instruction publique, à la non éducation nationale, par exemple ».

Malheureusement, si je partage son point de vue sur la perte de plus en plus grande d’autonomie de l’individu et du parent, force est de constater que si tout le monde se barre, cela ne fait pas vraiment avancer le schmilblick en France.

Une multitude de portraits s’enchaine dans ce numéro : un Gobineau comme on ne se l’imagine pas (c’est à dire en amoureux de l’Autre), des portraits plus attendus d’Henry David Thoreau, d’Arthur Rimbaud, de Jack Kerouac et de bien d’autres, un entretien avec l’écrivain voyageur Sylvain Tesson. L’occasion pour ce dernier de revenir sur l’uniformisation du monde et de nous mettre en garde : « il faut vénérer les citadelles du langage car il y a un « logocide » qui est à l’œuvre ». Ce dernier numéro de Philitt propose également le portrait de Michel Déon, écrivain décédé le 28 décembre dernier que je ne connaissais pas.

Pour aller plus loin : Se procurer les revues!

Rébellion 76

http://mag.philitt.fr

http://revue-elements.com/elements-La-Guerre-civile.html

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